THENIET EL HAD....... CONTRE L'OUBLI

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Catégorie HISTOIRE DE LA REGION

Cette sous-préfecture du département d'Orléansville, par sa situation au sud de l'Ouarsenis (l'oeil du monde en arabe) était pour notre région tellienne un bastion avancé vers les hauts plateaux, dernière étape avant les immensités désertiques sahariennes.


A l'origine, ce lieu, le "col du dimanche" en langue du pays, servait de point de ravitaillement pour les troupes en opérations. On y avait réuni munitions et vivres, pour leur éviter de remonter jusqu'à Miliana afin de se réapprovisionner. Un poste militaire y fut édifié (un bordj) en 1843 qui servait à garder le dépôt ainsi qu'à surveiller les communications.

Edifié sur un mamelon à 1161 mètres d'altitude, à dix kilomètres du plateau du Sersou, ce qui en faisait un lieu moins torride que les plaines et plateaux environnants le cercle militaire fut consacré centre de colonisation le 2 août 1858. Il devient bientôt le siége d'une commune mixte et chef-lieu de canton

A deux kilomètres au nord commençait la célèbre forêt des cèdres de 3000 hectares de superficie que venaient admirer les "hiverneurs", première appellation des touristes.

12 - TENIET EL HAAD rue principale et hôtel des cèdres

24/16 Forêt des cèdres de TENIET EL HAAD


Le village avait aussi, à trois kilomètres, dans la forêt, une source ferrugineuse carbonatée de 12°, qui présentait une parfaite analogie avec celles, renommées, de SPA. Ces eaux étaient employées avec succès dans les maladies intestinales et les ulcères.

Le centre européen se développa lentement, 4000 habitants dont 600 européens en 1900. N'étant pas un centre de grande production agricole ses habitants étaient surtout des fonctionnaires du centre administratif, des forestiers, et subsistant grâce à l'important marché.

Luc TRICOU


Posté le 15/06/2008 | 203 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

ALGÉRIE CONTEMPORAINE MILIANAH, TENIET-EL-HAD ET BLIDAH


Theniet had d'avant l'an 2000
envoyé par HORIZONLERETOUR

 

 

 

 

 

 

 

L'ALGÉRIE CONTEMPORAINE ILLUSTRÉE

 

 

par LADY HERBERT - 1882

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MILIANAH, TENIET-EL-HAD ET BLIDAH.

 

 

 

 

   
  

II

 

MILIANAH, TENIET-EL-HAD ET BLIDAH

 
'aube n'avait pas encore paru lorsque nous quittâmes Oran pour prendre le train de six heures au nouveau chemin de fer qui reliera plus tard cette ville à Alger, mais qui actuellement s'arrête à Lavrande. 
Le paysage n'offre aux regards qu'une vaste plaine stérile et des palmiers nains jusqu'à Orléansville, où il devient boisé et riant. Cette ville moderne est bâtie sur les ruines d'une antique cité romaine, qui présente un grand intérêt à l'archéologue ecclésiastique. En 1843, on découvrit une belle basilique, dédiée à saint Réparatus, avec la date de sa mort, l'an 456 de l'ère mauritanienne. Le pavé, en mosaïque (rouge, blanc et noir), fut trouvé intact. Parmi les inscriptions, il y en a une qui constate que la pose de la première pierre de cette église eut lieu le 20 novembre 325, avec ces paroles : MENTE HABEAS SERVVM DEI 1..., qui se rapportent évidemment au fondateur, dont le nom a été effacé par le temps ; et sur une pierre d'autel en marbre on lit : BEATIS APOSTOLIS PETRO ET PAULO, tandis que les mots SANCTA ECCLESIA et SATVRNINVS SACERDOS sont répétés en plusieurs endroits, comme s'ils se rapportaient à l'évêque sous l'épiscopat duquel la basilique fut consacrée. Il est extrêmement rare de trouver un aussi grand nombre d'inscriptions chrétiennes dans ce pays : la plus grande partie de celles d'Orléansville ont été transportées au musée d'Alger.

Nous eûmes pour compagnon de voyage le préfet d'Oran, qui venait d'être nommé gouverneur général de l'Algérie, un rouge de la plus belle nuance, qui, croyant que je devais nécessairement être protestante, puisque j'étais Anglaise, ne se gêna nullement pour me faire l'exposé de ses opinions sur la religion 

 

1 Souvenez-vous du serviteur de Dieu... (Note du traducteur.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

   
et l'éducation. Inutile d'ajouter que je n'avais pas la moindre sympathie pour ses théories. Ce personnage avait été adjoint au maire de Constantine, et son avancement rapide avait donné lieu à force commentaires malveillants. Bien que ses principes fusses diamétralement opposés aux miens, je dois dire en conscience qu'il fut extrêmement poli, et nous fournit plus tard l'occasion de visiter une portion intéressante de la province de Constantine, d'une manière très agréable.

La voie ferrée traversait maintenant la belle et fertile plaine du Chéliff, rivière au courant rapide, que nous côtoyâmes jusqu'à Milianah. A Lavrande (ainsi nommée en mémoire d'un général de ce nom tué à Sébastopol), nous descendîmes du train pour faire en omnibus les douze kilomètres qui nous séparaient encore de notre destination.

Marché arabe à Affreville.
 

Après avoir traversé Affreville, où se tient un grand marché arabe, la route tourne brusquement pour monter dans une gorge magnifique, mais si escarpée, qu'il nous semblait gravir à pic les murailles d'une maison. Un torrent impétueux coule au fond de cet entonnoir. De loin en loin, des moulins et des ponts pittoresques jetés sur le ruisseau égayaient un peu cette scène sauvage. Le chemin en zigzag, qui se déroulait devant nous sur des pentes presque inaccessibles, nous rappelait, sur une plus grande échelle,

 

 

 
   
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le paysage des environs de Chaude-Fontaine1 et de Liège...

A mi-chemin nous fîmes une halte dans un caravansérail, afin de donner aux chevaux le temps de se reposer un peu.

 
Une halte.

 

 

Il y avait là une foule d'Arabes accroupis dans un gourbi, buvant ensemble du café et battant la mesure aux sons monotones d'un tam-tam, spectacle qui tous devint très familier à Tunis, mais qui nous parut alors d'une nouveauté étrange. Il était bien dix heures du soir lorsque nous arrivâmes à l'excellent petit hôtel d'Isly, à Milianah : car, vu la terrible montée dont j'ai parlé, nous avions mis quatre heures à faire un trajet, de deux lieues et demie. L'hôtesse nous servit un délicieux potage bien chaud dans le restaurant de son hôtel primitif, et nous conduisit ensuite dans deux chambres d'une propreté exquise, égayées par de bons feux de sarments qui pétillaient dans l'âtre, luxe que le froid de cette région élevée ne rendait point inutile. Nous avons conservé un fort bon souvenir de cette Française à l'air bienveillant qui nous reçut si bien à Milianah.

Le lendemain matin, par un soleil radieux, je me rendis à l'église, qui est située à l'extrémité de la place. C'était un dimanche. On y célébrait une messe militaire, et, comme à l'ordinaire, j'y trouvai 

 

1. Chaude-Fontaine, près de Besançon, département du Doubs. du traducteur.)

    

 

   
un régiment de sœurs et d'enfants. Le curé de l'endroit, neveu de feu Mgr Pavy, archevêque d'Alger, est non seulement un saint ecclésiastique, il est aussi très bon prédicateur.

Après le dîner, Mary et moi nous allâmes nous promener par la ville, qui est assise sur un plateau élevé au-dessus d'une plaine magnifique, bornée par de hautes montagnes, dont la plupart sont couvertes de neige. A partir des remparts, le terrain en petite douce est couvert de vignobles, d'amandiers, d'abricotiers et de cerisiers soigneusement cultivés dans de petits jardins en terrasses, arrosés par les ruisseaux qui descendent des montagnes. Nous remarquâmes sur la Petite-Place un minaret converti en tour d'horloge, d'où retombaient des plantes grimpantes en festons gracieux. Nous errâmes par les rues arabes, admirant ici des figures pittoresques, là des étoffes aux riches couleurs. Sur la place du Marché, des chameaux étaient agenouillés ; ils avaient l'air bien doux, ce qui ne les empêchait pas de grogner et de montrer les dents dès qu'on essayait de les charger.

Le chargement des chameaux.

Un peu plus loin, nous aperçûmes une belle mosquée et une " koubba ", dernière demeure de Sidi-Mohammed ben-Yusset, saint

 
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couverte si élevée, qu'il était presque impossible d'y entrer sans avoir de très longues jambes ; et, une fois dedans, il était aussi difficile d'en sortir. De plus, cette voiture primitive partait à minuit, heure très incommode pour des touristes qui veulent voir le paysage. Enfin, comme il n'y avait pas d'autre moyen, nous nous armâmes de courage, nous nous rendîmes sur la place à tâtons, puis nous montâmes, non sans une peine inouïe, dans cette charrette, qui était censée contenir huit places, mais où quatre personnes étaient fort gênées, et dans cette prison ambulante nous passâmes quatorze mortelles heures, car nous n'arrivâmes à Teniet qu'à deux heures de l'après-midi, par la route de Milianah. Nous entrâmes bientôt à Affreville, et c'est alors que commencèrent nos tribulations.

Il nous fallut, d'abord traverser le Chéliff, qui était affreusement grossi par les pluies récentes, et ce fut bien difficile. Sur l'avis du batelier, les deux messieurs de notre société prirent le bac pour alléger la voiture ; quant à nous, qui avions du faire des tours de force pour y monter, nous ne bougeâmes pas. Le cocher mit alors ses chevaux au galop, et nous entrâmes dans le fleuve. Bien que la voiture faillit plusieurs fois être mise en pièces par les gros cailloux qu'elle rencontra, nous arrivâmes sans accident à l'autre rive, et sans craindre de casser les ressorts de notre élégant équipage.

Il n'y a que deux relais de poste entre Milianah et Teniet, bien que ce soit une véritable ascension. Les routes sont exécrables, et par conséquent le tirage horrible pour les pauvres chevaux. Le paysage est d'un aspect sévère mais grandiose. Nous ne vîmes pendant tout le trajet que quatre maisonnettes, habitées par des cantonniers qui sont préposés à l'entretien des routes ; mais j'avoue qu'on ne s'en douterait guère : car les ornières étaient, si profondes, que notre voiture s'y enfonçait jusque par dessus les essieux, et je me demande encore comment nos pauvres bêtes ont pu nous retirer de ces fondrières et de cette situation presque désespérée. Sur le siège, à côté du cocher, il y avait un monsieur qui tremblait de peur ; à chaque cahot, il invoquait tous les saints 

    

 

   
du paradis et promettait à la sainte Vierge d'innombrables cierges, si seulement il arrivait sain et sauf à sa destination. Nous fûmes même obligées de descendre une ou deux fois de notre cage et de patauger dans la boue, tandis que le conducteur raccommodait la machine roulante, en ne ménageant pas les malédictions à l'adresse du " génie " qui assurément n'avait pas fait preuve de génie dans la construction et l'entretien de la route.

A onze heures, nous déjeunâmes dans un petit caravansérail appelé Anseur-el-Louza, où nous nous procurâmes une omelette et des perdreaux rouges. On y jouit d'un point de vue charmant. La route était bordée de chênes lièges, de chênes verts, d'arbousiers et d'oliviers, entre mêlés de palmiers nains, de lavande, de romarin et d'autres plantes aromatiques. Une très jolie fleur blanche, pareille à la jonquille simple, avec un centre jaune et l'odeur du narcisse, croissait en abondance dans la mousse : cette plante appartient à la flore de cette région. J'avais le plus grand désir de l'acclimater dans mon pays ; mais, bien que j'en aie planté des oignons, ils n'ont pas réussi.

 
Campement militaire.
L'Oued-Rerga, un des affluents du Chéliff, se précipite dans un gouffre qui côtoie le chemin, et à cet endroit on se croirait dans quelque gorge alpestre. Nous arrivâmes bientôt auprès d'un 
 
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ALGÉRIE CONTEMPORAINE  
 
   
  
groupe de tentes occupées par des soldats, qui s'efforçaient tant bien que mal de combler les ornières et de réparer la route. Teniet nous fit l'effet d'une ville complètement modernisée : elle possède une jolie église, une école communale et un couvent de sœurs ; nous n'y vîmes rien d'oriental, sauf quelques Arabes et quelques spahis qui flânaient le long de l'unique rue, et, assises sur le seuil de leurs demeures, de belles Juives qui étalaient aux regards leurs vêtements magnifiques, leurs colliers et leurs bracelets de sequins. Quelle ne fut pas notre contrariété d'apprendre en arrivant que la seule auberge de la ville était au grand complet ! Que faire? Nous ne savions où aller. L'hôtesse était désolée. 
 
Maréchal-ferrant arabe.
 
La saison avait été si mauvaise à cause de la guerre, disait-elle, que personne n'était venu, et que, par conséquent, elle avait loué tous ses appartements à l'année aux officiers de la garnison. Enfin, après en avoir conféré avec sa fille, elle nous céda deux petites soupentes adossées à la maison (c'était là que couchaient ces deux femmes), qui formaient un des côtés de la basse-cour et donnaient de l'autre dans la cuisine. Telles qu'elles étaient, nous les acceptâmes avec reconnaissance, puis nous allâmes rejoindre la société de la table d'hôte : elle se composait de notre compagnon de voyage si poltron, d'un scheik arabe et des officiers de la petite garnison. On me présenta le colonel, auquel je demandai des chevaux pour aller voir la fameuse forêt de cèdres ; ce qu'il nous accorda avec empressement, ainsi que des guides et une escorte, 
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précautions que l'épaisseur de la neige rendait absolument nécessaires. Sans vouloir le moins du monde déprécier la valeur de ces prévenances, il m'est bien permis de croire que notre arrivée faisait une diversion agréable à la vie monotone de ces messieurs, 
 
Trophée d'armes arabes.
 
qu'ils étaient enchantés de nous trouver prêtes à tenter des excursions périlleuses, et d'apprendre aussi de notre bouche les dernières nouvelles d'Europe, que la guerre rendait d'un intérêt si palpitant.

Le dîner terminé, je me rendis à la petite église, dont l'autel en bois de cèdre est de fort bon goût, puis de là chez les sœurs de la Doctrine chrétienne. J'y trouvai une charmante petite fille arabe, qui se mit à pleurer lorsque je lui demandai si elle avait été baptisée. Elle en avait un si grand désir, qu'elle apprenait son catéchisme avec une ardeur extrême, afin de pouvoir recevoir le baptême à Pâques. " Je veux être chrétienne, je veux qu'on me donne le nom de Marie ", disait-elle en sanglotant. Tous ces enfants avaient de beaux yeux noirs, et les fraîches couleurs de leur teint faisaient l'éloge de la salubrité du climat de Teniet. Malheureusement, les pauvres sœurs sont terriblement à l'étroit, et par-dessus le marché leur maison est froide et humide.

 
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La supérieure a un frère dans les missions étrangères, qui se trouvait en Corée avec Mgr Berneux et d'autres prêtres qui échappèrent à la mort comme par miracle, lorsque Mgr Henri Borie et, ses compagnons y reçurent la couronne du martyre. La supérieure ajouta que son frère n'aspirait qu'à retourner en Corée, et que la ferveur des chrétiens indigènes surpassait de beaucoup tout ce qu'il avait vu en Europe.
 
La ville.
 

Tandis que nous parlions, le vénérable prêtre de la mission entra, et nous exprima la profonde douleur qu'il ressentait du départ, du duc et de la duchesse de Magenta (le maréchal et la maréchale de Mac-Mahon), qui étaient, disait-il, les personnes les plus excellentes et les plus charitables qui eussent jamais été placées à la tête du gouvernement de l'Algérie. Nous eûmes plus tard de nombreuses preuves à l'appui de son assertion, car le maréchal et la maréchale de Mac-Mahon ont laissé après eux un nom qui ne s'effacera jamais du cœur de ce peuple.

La ville entière était embaumée de l'odeur pénétrante du cèdre, qui sert ici de bois à brûler, lorsque le lendemain matin nous 

    

 

   
montâmes à cheval pour aller voir la célèbre forêt. Notre cavalcade était très nombreuse : nous ouvrions la marche avec les officiers, puis venaient nos femmes de chambre dans un cacolet placé sur un énorme mulet ; une seconde de ces bêtes de somme portait les provisions de bouche, et enfin deux ou trois guides arabes, qui nous suivaient bien plus pour se distraire que pour nous rendre service, complétaient le cortège.
 
Le maréchal de Mac-Mahon.
 
On traversa d'abord des collines arides, parsemées de quelques rares tentes arabes ; puis on fit un grand détour pour éviter une épouvantable fondrière produite par la fonte des neiges, et l'on s'engagea dans une forêt de chênes verts et de chênes-lièges, 
 
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De temps en temps une éclaircie laissait entrevoir les montagnes à l'horizon. On n'apercevait aucune habitation. De nombreux troupeaux de chèvres, de brebis et de petit bétail brun et noir paissaient sur les coteaux, sous la garde de jeunes Arabes, qui avaient l'air encore plus farouche que leurs bêtes. C'était un lieu sauvage et désert.
 
La forêt de cêdres de Teniet-el-Had.
 
La route devenait de plus en plus à pic : aussi nous fûmes obligées de mettre pied à terre et de conduire nos montures à travers un bois de pins très touffu. Enfin, après avoir gravi ce chemin difficile et rocailleux pendant trois heures, nous nous trouvâmes tout à coup dans une vaste prairie couverte de neige, et nous aperçûmes devant nous le but de notre expédition, les cèdres magnifiques de 
    

 

   
Teniet-el-Had. Bien qu'ils ne soient pas aussi gros que ceux des montagnes du Liban (leurs troncs ne mesurent en moyenne que de dix à quinze pieds de circonférence), ils sont plus nombreux, et la neige qui brillait au soleil sur leurs rameaux légers produisait un effet charmant. Au centre de la forêt, sur un petit plateau dégarni d'arbres, s'élève un chalet pittoresque : c'est la demeure du garde, qui tient une grande salle à la disposition des personnes qui viennent ici en parties. Malheureusement il était absent. Nous dûmes nous contenter d'allumer un feu énorme de bois de cèdre tout auprès, et d'étaler notre déjeuner sur des planches dont nous fîmes une table improvisée.

Nous fûmes bientôt rejointes par les officiers avec lesquels nous avions fait connaissance la veille. Après nous avoir accompagnées pendant quelque temps, ils avaient été obligés de quitter leurs chevaux, parce que la neige n'était pas assez durcie pour les porter, eux et leurs montures : ils les avaient donc laissés chez un cantonnier, à environ deux kilomètres du chalet. Ces messieurs nous engagèrent fort à braver les mauvais chemins pour mon ter sur une terrasse d'où l'on découvre une vue magnifique. Mary s'y refusa carrément ; quant à moi, je ne pus résister à la tentation, et je partis bravement, enfonçant dans la neige moitié fondue moitié gelée (j'en avais parfois jusqu'aux genoux), jusqu'à ce que nous atteignîmes enfin le sommet du col, d'où notre petit campement près du chalet ne paraissait plus que comme un point noir. Toute fatiguée et trempée jusqu'aux os que j'étais, je ne pus m'empêcher de reconnaître que le panorama superbe qui se déroulait devant moi valait bien la peine que je m'étais donnée pour y arriver.

Les deux chaînes parallèles de l'Atlas étaient visibles. Le soleil de midi dardait ses rayons sur leurs cimes cou vertes de neige, au-dessus desquelles le Waransenis élevait fièrement sa tête. Au sud, s'étendait la fertile vallée du Chéliff, que nous avions traversée la veille ; et, bien qu'à vingt-six lieues de distance, la citadelle de Milianah brillait distinctement au soleil. Sur le premier plan autour et au dessous de nous, on ne voyait que des cèdres superbes

 
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au sombre feuillage et aux troncs rougeâtres. Dans quelques endroits la neige s'était fondue, et laissait à découvert un tapis de verdure printanière, qu'émaillaient des perce neige, des iris bleus, des jonquilles blanches, des gentianes bleu foncé et des hépatiques roses, qui défiaient par leurs brillantes couleurs le souffle glacé de l'hiver. Ces messieurs les officiers ne m'avaient point trompée. Non, je n'avais jamais rien vu d'aussi grandiose. Ce panorama me rappelait beaucoup celui du Liban par son aspect et sa végétation, et je me disais que, lorsque la saison serait plus avancée et les arbustes couverts de fleurs, ce serait un véritable paradis terrestre. Toutefois le paysage y perdrait quelque chose, car les cèdres ne paraissent jamais si beaux que par un effet de neige.

La descente de la montagne fut bien difficile : la terre gelait sous nos pieds, et nos montures glissaient comme nous sur ce terrain dangereux. Lorsque nous nous retrouvâmes au chalet, j'étais mouillée jusqu'à la ceinture. Heureusement qu'on avait allumé un bon feu de bûches de cèdre pour réchauffer nos membres engourdis. La route que nous suivîmes pour retourner à Teniet était si mauvaise, qu'elle me rappelait à chaque pas celles de la Syrie. Nos chevaux étaient d'humeur pacifique et avaient le pied sûr ; et, à l'exception d'un de nos compagnons d'excursion qui roula dans un torrent, nous n'eûmes aucun accident à déplorer.

 
 

Toute la journée le temps avait été superbe et le soleil d'une chaleur délicieuse ; mais, sur le soir, le froid devint si vif, que nous fûmes trop contentes de nous serrer au tour du feu de la cuisine, et de nous réconforter avec le café chaud que notre hôtesse avait eu 

    

 

   
l'aimable attention de nous préparer. Tout près de la forêt de cèdres se trouvent des sources minérales très fréquentées par les soldats français atteints des fièvres intermittentes qui sont très communes en été dans cette partie de la contrée. Le docteur Bertrand a fait une analyse très précise de ces eaux, qui ont les mêmes propriétés que celles de Hammam-Meskhroutin, que nous visitâmes ensuite : c'est pourquoi je ne parle pas des sources de Teniet, d'autant plus qu'il n'y a encore rien d'organisé pour les baigneurs ; l'établissement est aujourd'hui simplement à l'état de projet.

Le lendemain matin, nous remontâmes à cheval pour faire une excursion à la forteresse en ruine de Taza, une des places fortes d'Abd-el-Kader, perchée sur la montagne Ech-Chaou, qui est située à environ 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer.

 
tente de Bédouins.
La route qui y conduit serpente dans des gorges et des ravins sauvages, entre des montagnes couvertes de chênes verts. A chaque instant nous étions obligées de traverser des torrents à gué ; ce qui impatientait fort Mary, qui trouvait aussi le paysage trop monotone aussi me proposa-t-elle de renoncer à la forteresse et de prendre par un joli vallon à gauche ; ce que nous fîmes en remontant le cours du torrent, et nous atteignîmes bien tôt une plaine ombragée par des pins et parsemée de nombreuses tentes arabes.

Après avoir déjeuné, nous acceptâmes l'invitation que nous fit le scheik d'entrer dans sa tente, dressée sur un monticule au-dessus 

 
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du ruisseau. A notre approche, les chiens de garde aboyèrent avec avec fureur, et, sans l'intervention de leur maître, nous auraient certainement mises en pièces. Nous pénétrâmes donc dans l'habitation basse et sombre du Bédouin, suivies d'une troupe de femmes et d'enfants tous tatoués et presque entière ment nus. Deux petits veaux étaient couchés près de l'appui de la tente, un agneau apprivoisé était attaché un peu plus loin ; des poules et des coqs voletaient autour de nous, et, tout effrayés, s'embarrassaient dans nos jambes c'était presque une arche de Noé. Une des femmes était occupée à tisser la toile rayée de brun et de blanc qui sert à faire les tentes ; elle travaillait aussi adroitement que nos tisserands et sur le même principe : elle passait la navette dans la trame étendue sur des poulies. Toutes ces femmes avaient les yeux peints avec du " kohl ", ainsi que certains tatouages sur le menton, comme signes caractéristiques de leur tribu ; l'une d'elles portait un coquillage autour du cou en guise de talisman. Mais elles étaient toutes laides et maigres à faire peur : ces pauvres créatures ont l'air de mourir de faim. Autour des tentes, des troupeaux de chameaux et de brebis paissaient sous la garde des enfants. Ces Arabes nous donnèrent à entendre qu'ils étaient nomades, et qu'ils quitteraient la plaine dès qu'il n'y aurait plus d'herbages pour leurs bestiaux.

Tandis que nous parlions, deux des fils entrèrent c'étaient de forts beaux hommes, portant le costume bédouin. Ils nous saluèrent avec une gravité empreinte de courtoisie, et nous montrèrent leurs chevaux, qui étaient attachés à l'entrée de l'habitation. A leur approche, les femmes avaient pris la fuite ; mais, la curiosité reprenant le dessus, nous les vîmes bientôt soulever furtivement un des coins de la tente, pour nous regarder encore lorsque nous remontâmes à cheval. On nous donna pour notre dîner un énorme bol de couscous : c'est une espèce de pâte que l'on pétrit de façon à ce qu'elle forme une sorte de semoule ; on la sert soit avec du lait caillé, soit avec une soupe graisseuse, mélange abominable, à mon avis, et avec lequel il nous fut impossible de jamais me réconcilier.

Un caravansérail.

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Nous déjeunâmes dans un caravansérail fortifié par une haute muraille percée de meurtrières, et dont l'emplacement était charmant ; le thuya, le chêne vert et le pin ombrageaient les coteaux environnants, tandis qu'une profusion de cistes, de 
   
       

 

   

Le lendemain matin, à cinq heures, nous remontions dans notre affreuse voiture pour retourner à Milianah, et avec l'agrément d'avoir une cinquième personne avec nous, la femme du garde-forêt; mais cette fois il faisait jour, nous avions goûté une nuit de repos, de sorte que nous étions mieux disposées à lutter contre la fatigue et les ennuis de ce second voyage.

 
Un caravansérail.
 
Nous déjeunâmes dans un caravansérail fortifié par une haute muraille percée de meurtrières, et dont l'emplacement était charmant ; le thuya, le chêne vert et le pin ombrageaient les coteaux environnants, tandis qu'une profusion de cistes, de 
 
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Le lendemain matin, à cinq heures, nous remontions dans notre affreuse voiture pour retourner à Milianah, et avec l'agrément d'avoir une cinquième personne avec nous, la femme du garde-forêt; mais cette fois il faisait jour, nous avions goûté une nuit de repos, de sorte que nous étions mieux disposées à lutter contre la fatigue et les ennuis de ce second voyage.

 
Un caravansérail.
 
Nous déjeunâmes dans un caravansérail fortifié par une haute muraille percée de meurtrières, et dont l'emplacement était charmant ; le thuya, le chêne vert et le pin ombrageaient les coteaux environnants, tandis qu'une profusion de cistes, de
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lentisques, de buissons de genièvre, de scilles et de férules aux panaches jaunes, formait un fourré varié, autour des rameaux duquel la clématite algérienne, avec ses clochettes gracieuses, s'enroulait en capricieuses guirlandes. Il était cinq heures quand nous entrâmes à Milianah : le soleil couchant inondait la plaine de ses feux, et jetait une lueur rose pâle sur les sommets neigeux des montagnes de l'Atlas, tandis que le Waransenis (le géant de la chaîne) se dessinait fièrement sur le ciel empourpré.

C'était un jour de marché : les Arabes se pressaient dans la plaine, criant à tue-tête et gesticulant comme s'ils allaient se prendre à la gorge, ce qui est leur mode ordinaire de traiter les affaires.

 
Kabyles marchands de poterie.
 
Cette fois-ci nous traversâmes le Chéliff sans accident, toujours dans notre charrette et bien que nos chevaux eussent de l'eau par-dessus le poitrail. Cette rivière est la plus considérable de toutes celles de l'Algérie ; et, de même que tous les autres cours d'eau, ses rives sont bordées de magnifiques lauriers-roses.

Un soleil radieux, pénétrant dans nos chambres, nous réveilla le lendemain de bonne heure. Nous allâmes dire un dernier adieu à la belle terrasse et à son magnifique point de vue avant de nous enfermer dans le coupé de la diligence qui devait nous conduire à Blidah en passant par Bou-Medfa. Ce fut avec un regret sincère que nous quittâmes ce beau pays. Bientôt la voiture nous emporta 

    

 

   
rapidement, par l'avenue de platanes, hors de l'enceinte de la ville, jusqu'en rase campagne. Le chemin sinueux montait, montait toujours, et à chaque tournant il nous laissait entrevoir des montagnes et des vallées tantôt boisées, tantôt plantées de riches vignobles.
Diligence de Milianah à Blidah.
Nous regardions avec plaisir ce tableau riant de l'abondance versant ses trésors à pleines mains. Sur le devant du coupé, on avait déposé un énorme sanglier tué la veille dans les montagnes de Milianah : c'était un cadeau destiné au gouverneur de Blidah. Un peu avant d'arriver à Bou-Medfa, nous passâmes à côté d'une " koubba " élevée à la mémoire d'un certain Abd-el-Kader, patron des voyageurs et petit-être aussi des mendiants, à en juger par le nombre de ces derniers, qui vous demandent l'aumône pour l'amour de ce personnage, leur saint de prédilection.

Nous prîmes à trois heures le train pour Blidah. La voie ferrée traverse la vallée pittoresque de la Chiffa, puis s'élève doucement par la grande plaine de la Mitidjah jusqu'à une délicieuse petite ville à moitié cachée dans des bois d'orangers, que les Arabes appellent la Rose de l'Algérie. Nous fûmes bientôt installées à l'hôtel d'Orient,

 
 
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qui donne sur une place entourée d'arcades, et je sortis à la recherche de l'église. J'eus le bonheur d'y trouver le saint Sacrement exposé et d'y recevoir la bénédiction. C'est une ancienne mosquée, d'une beauté remarquable. Le lendemain, de grand matin, nous fîmes une excursion dans les gorges de la Chiffa, en passant par le " Bois Sacré ", qui était déjà tenu en grande vénération du temps des Romains et l'est également aujourd'hui par les Arabes. On y remarque des oliviers aussi anciens que ceux du jardin de Gethsémani. Au milieu de ce bois se trouvent deux " koubbas ", dont l'une, très célèbre, ornée de riches étoffes de soie, d'or et d'argent, était éclairée par d'innombrables cierges et toute parfumée d'encens.
 
Les Mendiants.
 

Un Arabe à l'air distingué amena son petit garçon au marabout, assis sur une natte à l'entrée du monument. Après avoir récité alternativement quelques prières, l'enfant présenta comme offrande un cierge et une pièce de monnaie, puis il baisa la main du marabout. Deux femmes se présentèrent ensuite, enveloppées des pieds à la tête dans de longs voiles blancs (on eût dit deux fantômes) ; une petite ouverture laissait entrevoir un oeil seulement. Je compris que c'était une dame avec sa suivante. La première avait un collier et des bracelets de sequins d'une grande valeur ; son haïk était retenu par des agrafes d'un travail admirable, reliées par une chaînette. La suivante sortit une pièce de mousseline fine de dessous son burnous et la plaça sur la tombe ; le marabout l'aspergea trois fois avec de l'eau bénite. Je ne pus m'empêcher de trouver cet usage très touchant, de consacrer ainsi une étoffe dont on devait faire un vêtement ; et la ferveur avec laquelle je voyais prier cette dame, me fit penser que Dieu l'exaucerait, bien qu'elle fût dans l'erreur. Le jardin de la chapelle était rempli de mimosas, de magnolias et d'arbustes en 

    

 

   
fleur ; les haies basses étaient formées de rosiers nains du Bengale.
Intérieur de la mosquée.
 

Avant d'arriver à la Chiffa, nous traversâmes un pont rustique, situé auprès d'une prison militaire, dont les détenus étaient occupés dans une corderie ; puis, tour nant brusquement à gauche, nous nous engageâmes dans une gorge étroite, richement boisée, au fond de laquelle coulait un torrent mugissant. Ce site avait quelques traits de ressemblance avec le col du Saint-Gothard. Nous arrivâmes bientôt à une grotte remplie de stalactites et d'aloès pétrifiés, qui, chose bizarre, avaient conservé leur belle couleur verte. Des touffes de capillaires croissaient dans les fentes des rochers, rafraîchies par l'eau qui tombait goutte à goutte de toutes parts. Nous nous arrêtâmes devant une cabane pour admirer un aigle magnifique qu'on venait de tuer : il était d'une envergure remarquable. Cette partie de la gorge se nomme " la Vallée-des-Singes ". Nous aperçûmes en effet plusieurs de ces quadrumanes sans queue1, grimpant sur les rochers et se suspendant joyeusement aux branches des arbres qui retombent sur la cascade. 

 

1. Les singes sans queue ont la face aplatie ; les mains, les doigts et les ongles ressemblent à ceux de l'homme, et comme lui ils se tiennent debout sur les deux pieds. - Voir Dictionnaire d'histoire naturelle. (Note du traducteur.)

 
   
ALGÉRIE CONTEMPORAINE   MILIANAH, TENIET-EL-HAD ET BLIDAH.
 
   
  
Une vieille bonne femme, qui tenait un café en cet endroit, avait beaucoup à se plaindre de ces animaux malins, et nous disait en nous montrant son jardin : " Ah! ces coquins, ils me mangent tout! "
La cascade.
 
Nous fîmes une halte pour laisser reposer nos chevaux, puis nous les remontâmes, et, arrivées au sommet du col, nous vîmes la jonction de l'Oued-Merja et de la Chiffa. Une petite colonie de mineurs exploite en cet endroit des mines considérables de fer et de cuivre. C'est aussi là qu'on prend la route qui conduit à Médéah, station militaire que les Français ont construite sur les ruines d'une ville romaine, dont il reste encore un aqueduc et d'autres antiquités. Médéah est la première de ces places fortes au moyen desquelles les Français se sont assuré la possession comparativement paisible de leurs provinces algériennes. La descente du col pour revenir à Blidah était encore plus belle que 
    

 

   
l'ascension : la plaine de la Mitidjah, vue de cette gorge étroite et presque perpendiculaire, ressemblait à un tableau riant placé dans un cadre sombre et grossier. A l'horizon, la Méditerranée brillait au soleil comme une ligne argentée.

Nous n'eûmes garde de quitter Blidah sans aller visiter les célèbres bosquets d'orangers, qui sont très nombreux et d'une beauté inouïe. J'avais déjà vu ceux de l'Espagne, ceux de Cintra, de Menton, du môle de Gaëte et de la Sicile ; j'avoue qu'ils ne sauraient un instant soutenir la comparaison avec ceux de Blidah. 

 
La descente du col.
 
On y trouve des millions d'oranges et de citrons, de grosseurs et de saveurs variées. Nous entrâmes chez le propriétaire d'un de ces jardins, afin de nous régaler d'oranges. Ce brave homme nous apprit que son bosquet n'était planté que depuis dix ou douze ans, et qu'il suffisait de mettre un rejeton dans le sol pour qu'il poussât. Les oranges non assorties valaient quinze francs le mille, et celles 
 
 

Posté le 29/06/2008 | 12 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Histoire | Témoignage d’un combattant de l’ALN : “Prenez mon arme, saluez tous mes compagnons d’armes, ma famille et ma fille. Partez…”

Témoignage d’un combattant de l’ALN : “Prenez mon arme, saluez tous mes compagnons d’armes, ma famille et ma fille. Partez…”

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l Ecrire l’histoire, relater les hauts faits d’armes des moudjahidine, spontanément, de manière simple, précise, des faits vérifiés et chaque fois situés dans une chronologie avec des dates, n’est-ce pas, là, le meilleur des hommages que puisse rendre un combattant à ses compagnons d’armes morts les armes à la main ? C’est ce que fit, à sa manière, le moudjahid Mohamed Cherif Ould El Hocine, à la bibliothèque de la ville de Hadjout, jeudi dernier, à l’occasion de la célébration du 1er Novembre. Surtout lorsqu’il le fit devant une assistance nombreuse, de moudjahidine, de fils de martyrs qui ne demandaient qu’à entendre des témoignages émouvants comme il le fit en rapportant les dernières paroles du chahid Benmira Tayeb touché par l’ennemi le 26 avril 1957 : “Prenez mon arme, transmettez mon salut à tous mes frères de combat et si un jour vous passez par mon village, passez le bonjour à ma famille, ma fille. Partez, laissez-moi mourir”. Nous publions ci-dessous le texte de son témoignage :

Pendant toute la durée de ma participation au combat libérateur contre l’armée française, dans les maquis de la Wilaya IV, j’avais toujours sur moi un petit carnet de route ; j’y écrivais, notais, des noms, des dates, des lieux, tous ces événements qui m’ont marqués à tout jamais. J’y écrivais et relatais nos embuscades et accrochages durant la Révolution du 1er Novembre 1954.
Aujourd’hui, je veux écrire les lettres que je voulais adresser aux familles de nos chouhada, aux parents de mes compagnons morts au champ d’honneur, à mes côtés, en héros en faisant le sacrifice suprême avec la conviction de n’accomplir que leur devoir de patriotes, de combattants de la liberté  en se voulant anonymes.
Aujourd’hui, je veux écrire les lettres que je n’ai pas écrites dans les moments difficiles, ces lettres à nos enfants, enfants de notre valeureux peuple pour qu’ils n’oublient jamais nos vaillants chouhada morts au combats, face à l’armée française qui n’a pas hésité à pratiquer la politique de la terre brûlée; elle détruisait tout sur son passage, brûlait maisons et forêts, se vengeait sur la population. Notre courageux peuple, qui a consenti tous les sacrifices par son engagement, était plus qu’un soutien logistique. Je n’oublierai jamais, et cela doit rester à tout jamais gravé dans la mémoire collective, l’accueil  chaleureux réconfortant et revigorant que nous réservaient les populations civiles en nous nourrissant et nous logeant après nos batailles, et nos longues marches harassantes de plus de quatorze (14) heures bien des fois.
Le 20 Août 1957 la katiba El Hamdania, de la Wilaya IV, zone II, région III, attaque les villes du littoral et l’école des officiers de Cherchell.
Pour le premier anniversaire du congrès du FLN de 1956 dans la vallée de la Soummam l’ALN (Armée de Libération Nationale), avait décidé d’organiser une attaque générale contre l’armée française, pour manifester sa présence sur tout notre territoire national. Elle avait décidé d’engager des actions armées simultanées dans toutes les villes, les villages, et ce, contre les casernes militaires. Il fallait, à l’ALN, par cette action commune, de la frontière tunisienne à la frontière marocaine, du Nord au Sud, confirmer à l’ennemi français et au monde entier notre existence, que nous pouvions l’attaquer partout où il est, et à tout moment. Par cette action générale, nous avions prouvé à nos adversaires que nous étions là, que nous nous battrions à n’importe quel prix pour la liberté et l’indépendance de notre pays, l’Algérie. Notre compagnie été désignée pour harceler les villes de Cherchell, Novi, Damoud, Gouraya, Hadjret Enous, Menacer, Sidi Amar, Larhat, et ce, sur un rayon de quatre vingt (80) kilomètres. A 19 heures 40 minutes nous étions arrivés à l’endroit d’où on devait attaquer la caserne  d’officier, nous étions l’un à côté de l’autre, tous armés de fusils Garand, et de Mas56, nos doigts sur la gâchette, nous savions que les autres groupes de moudjahidine de notre Katiba El Hamdania étaient dans la même position que nous prêts à attaquer les objectifs indiqués. A 20 heures précise, nous avions commencé à tirer tous ensemble à la même seconde. C’était la panique dans la caserne de l’école des officiers de Cherchell ; on entendait les cris de douleurs des soldats surpris par notre attaque. Les sirènes hurlaient.  C’était le branle bas pendant vingt minutes. Après nous nous sommes repliés en traversant les mêmes douars. Sur notre passage, les habitants nous applaudissaient, en nous disant : «Dieu est avec vous», les femmes avec leurs «youyou», les, enfants sautaient sur nous pour nous embrasser, je ne pouvais retenir mes larmes, je me disais que nous  les moudjahidine, avions attaqué l’ennemi puis nous replier en vitesse, et par la suite l’armée française allait se venger sur la population civile qui nous applaudi maintenant  mais qui va le payer de sa vie. Je ne pouvais plus me retenir de pleurer. Je n’oublierai jamais le sacrifice et le courage des habitants du douar Sidi Yahia et celui de la famille de mes frères de combats Lahbouchi ; le sacrifice de se grand peuple qui nous a aidé, secouru, nourri et aimé, doit rester gravé dans les mémoires de nos enfants.
En effet combien sont ils de nos enfants de vingt ans, universitaires, les forces vives de l’Algérie de demain à connaître le Commandant Si Zoubir de Soumaâ de son vrai nom Souleima Tayeb. Mort héroïquement au champ d’honneur le 22 février 1957 dans le douar de Sbaghnia dans la wilaya de Blida pour protéger la vie d’environ quatre cent étudiants et lycéens qui avaient fui les villes après la grève générale des huit jours et qui étaient en attente dans cette localité avant d’être envoyés en Tunisie et au Maroc afin de terminer leurs études. Mais le nombre important d’étudiants et lycéens restés trop longtemps à attendre la décision de l’ALN à attiré l’attention des soldats français, vers trois heures de l’après-midi, ils se sont retrouvés encerclés par une quinzaine d’hélicoptères «Sikorsky».
Si Zoubir a donné l’ordre aux étudiants sans armes de sortir des refuges, de se replier en remontant l’oued. Lui seul à commencé l’accrochage en mitraillant les hélicoptères pour les empêcher de se poser et couvrir par la sorte de repli des étudiants ; le feu était nourri, le combat était inégal. Si Zoubir a été mortellement atteint d’une balle de mitrailleuse 12/7, et les parachutistes français se sont acharnés sur les étudiants désarmés. Si Zoubir est mort chahid le 22 février 1957 ainsi que vingt sept étudiants dont une lycéenne. «Allah yarham echouhada».
Aujourd’hui, combien sont-ils nos adolescents à connaître le nom du Chahid Bouras Mohamed de El Affroun mort à l'âge de 17 ans dans la bataille de Tamesguidda le 22 mars 1957. Où le Commando Si Zoubir a anéanti les paras de Bigeard, des éléments d’élite d’Indochine, et expérimenté en guérilla ? Ce commando qui était dirigé par le lieutenant Guillaume, qui n’était autre que le fils du général Guillaume Résident du Maroc- était formé de 58 soldats français volontaires, à qui le colonel Bigeard avait promis des promotions de grade, sa mission était de faire une opération servant à démontrer à une délégation de sénateurs américains et français que la région de Blida était pacifiée et que seuls quelques rebelles communistes subsistaient encore.
Après la violente bataille qui a duré  du matin jusqu’au soir, la troupe de Guillaume était  décimée, et Si Zoubir ainsi que les 27 étudiants tués quelques jours auparavant ont été ainsi vengés. La population française de Blida, la ville des roses, était en deuil ; leurs paras volontaires n’étaient pas revenus ;  Ils avaient été abattus par notre Commando, le commando Si Zoubir sous le commandement de Si Moussa Kellouaz.
Aujourd’hui qui de nos enfants connaît le nom du Chahid Benmira Tayeb de  Theniet el Had dit el Istiklal tombé au champs d’honneur le 26 avril 1957 dans la bataille de Sidi Mohand Aklouche dans la région de Cherchell, c’était un vendredi, 27e jour de Sidna Ramadhan, Leilet El Kadr, lui qui, la veille, disait qu’il allait être chahid dans la bataille du lendemain et nous devancer au paradis Djenet El Ferdous. Notre frère El Istiklal à été touché par une roquette au ventre. Grièvement blessé, il était heureux et radieux de mourir pour l’Algérie. Ses dernier mots ont été : «Prenez mon arme, transmettez mon salut à mes compagnons et si un jour vous étiez de passage au douar Lira passez le bonjour à ma famille et embrassez ma fille et maintenant laissez moi mourir, partez vite  partez vite !» El Istiklal, nous sommait de partir car il savait  que les troupes françaises nous poursuivaient.
Au cours de ce combat, nous avons perdu notre compagnon El Istiklal et nous avons eu deux (02) blessés ; l’ennemi a subi de lourdes pertes qui s’élevaient à plus de soixante quatre (64) morts et des centaines de blessés et nous avons abattu deux (02) avions ( T6-MORANE). 
Beaucoup de mes compagnons de lutte sont morts au champ d’honneur. Je voudrais que leurs noms restent gravés dans les mémoires qu’ils ne soient jamais oubliés. Je voudrais que leurs proches, leurs parents, leurs douars et villages, sachent combien ils ont été courageux, braves, bons, valeureux, généreux, héroïques et loyaux envers leur patrie, plein d’une foi inébranlable en une Algérie libre débarrassée du joug colonialiste et de l’injustice.
Je voudrais que ne disparaissent pas des mémoires les chouhada :
Takarli  Slimane et Si Mahfoud de Kemis El Khechna, tombés au champ d’honneur le 04 Mai 1957 dans un accrochage de Zaccar contre le 29e BTA (Bataillon de tirailleurs Algériens). Ils sont morts alors qu’ils s’apprêtaient à prendre position sur la crête, quand soudain éclataient des coups de feu ; l’ennemi tirait sur notre premier groupe, les voltigeurs Français nous avez devancés. Takarli Slimane et Si Mahfoud ont été tués par la même rafale de mitrailleuse. Ce jour là, nous étions trente cinq (35) moudjahidine contre huit cent cinquante (850) soldats français, nous avions tués et blessés un grand nombre et fait un prisonnier. Les chouhada  Cherfaoui Ahmed de Cherchell et Ahmed Abbas de Mouzaïa sont morts dans la bataille de Sidi Simiane, le 20 mai 1957. Pendant toute la durée de l’accrochage, alors que l’ennemi, sachant qu’on était dans la forêt, y a mis le feu pour nous brûler, les «youyou» de joie et d’encouragements des femmes, et les cris des hommes «Allah yansorkoum ya el Moudjahdine» nous parvenaient de partout ; nous nous en sommes sorti miraculeusement en infligeant de lourdes pertes à l’ennemi.
A la fin de la bataille, l’armée française avait tout brûlé ; la population accourut vers nous avec des bols de lait et de la nourriture en faisant fi de leurs maisons qui brûlaient !
Je voudrais que nos enfants sachent combien notre peuple et nos Chouhada ont été superbes.
Noufi Abdelhak mort  dans la grande embuscade de Lala Ouda Damous le 28 Février 1957.
L’embuscade a été faite par la section de Si Noufi et le bataillon de commando de la Wilaya IV sous le commandement de Si Slimane et Si Yahia contre un nombre impressionnant de soldat français. Cette embuscade menée avec brio par les moudjahidine était un véritable succès. Plusieurs dizaines de véhicules et de camions ont été détruit ; un important arsenal d’armes automatiques a été récupéré ; un avion abattu et des centaines de soldats Français tués. Si Noufi est mort ce jour du 22 Février 1957en essayant de s’emparer d’une mitrailleuse 12/7 qui, habituellement, était juste boulonnée  comme c’était le cas des mitrailleuses héroïquement récupérés le 09 Janvier 1957 lors de la bataille de Tizi Franco menée par Si Hamdane et Si Zoubir . Mais celle-ci était soudée et difficile à démonter. Si Noufi à été atteint par une balle tirée du seul half-track qui avait échappé à l’embuscade, car il était resté en retrait.
Mon compagnon Brakni Braham, la perle de l’USM BLIDA - du commando de la Zone 2 de la Wilaya IV sous le commandement de Si Ali Bendifallah de Cherchell est mort au champ d’honneur en faisant l’assaut pour récupérer un fusil mitrailleur lors d’un grand accrochage dans le douar de Brakni près de Cherchell. Il le voulait ce fusil, coûte que coûte, parce que quelques jours auparavant, en quittant notre commando, il avait laissait son arme. C’était la coutume. Armé d’un petit 6.35 il était déterminé à récupérer ce fusil mitrailleur. Cet assaut lui a été fatal. Allah yerham echouhada.
Sans oublier mes autres compagnons et tant d’autres moudjahidine qui sont morts pour l’amour de l’Algérie.
Je salue les parents de nos glorieux et valeureux chouhada. Je souhaite, au risque de me répéter que leurs noms soient à jamais gravés dans les mémoires de notre peuple Algérien.
Mes compagnons chouhada.
- Le commandant El Baghdadi de son nom Allili Ahmed de Boufarik.
- Si Moussa de son vrai nom Kellouz Moussa de Bourached.
- M’barek Ahmed dit Zendari - Kelassi Ahmed - Chamouni Abdelkader.      
- Beskri Fatiha dite Yamina de Aïn Defla.
Mes compagnons chouhada de Hadjout ex-Marengo.
- Les frères  Hocine Ali, Noureddine, Zoubir et leur père.
- ReakiziI Mohamed dit Dahdouh.
- Doudou Mohand Saïd dit Lyès - Fetaka Ali.
- Alouane Mohamed.
- Gendouz Abdelkader.
- Abdesslam Akha et tant d’autres.
Il convient d’évoquer également la mémoire de : 
- Khodja Brahi.
- Barsali Athmane et Zouragui Zoubir de Blida.
- Mouaz M’hamed dit Billel de Koléa.
- Si Maâmar de Oued Djer.
- Saahnoun Abderahmane d’El Biar.
- Naciba Mmalki dite Chafika d’El Biar.
Et tant d’autres ALLAH YERHAM ECHOUHADA.
Ainsi, je participe d’une façon  ou d’une autre à travers les récits de lutte de notre peuple pendant la révolution du 1er Novembre 1954, à l’écriture de l’histoire et à retrouver les sentiments qui ont animé le peuple Algérien, à savoir l’amour de la patrie, l’abnégation et le sens du sacrifice. Aujourd’hui, plus que jamais, je reste convaincu que l’enseignement objectif de l’histoire de notre pays et du combat libérateur de notre peuple contribuera à maintenir vivace la mémoire de nos martyrs qui ont donné leur vie pour que l’Algérie libre indépendante, juste fraternelle et unie. Quant à mon témoin vivant de la Révolution du 1er Novembre 1954, je n’ai fait que mon devoir et je rends hommage aux chouhada et au peuple Algérien.
GLOIRE A NOS MARTYRS

Par OULD EL HOCINE Mohamed


Posté le 05/11/2008 | 4 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article


Posté le 13/09/2009 | 2 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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